Tout d’abord, qu’est-ce qu’une migraine ?
La migraine est un trouble neurologique courant, impliquant de multiples facteurs. Elle peut se manifester de façon épisodique ou chronique, avec ou sans aura, et souvent accompagnée de divers troubles moteurs et sensitifs transitoires. Le migraineux ressent généralement des maux de tête unilatéraux, pulsatiles, modérés à sévères, associés à des symptômes tels que des nausées, de la photophobie, phonophobie et parfois même des vomissements.
Saviez- vous que le terme « migraine » vient du grec « hemicranias », qui signifie « moitié de la tête ». La douleur est généralement pulsatile et s’intensifie avec l’activité physique ou le mouvement.
La migraine touche environ 15 % de la population générale chaque année. Chez les enfants et les adolescents âgés de 5 à 19 ans, la migraine est la principale cause de consultation en neurologie, suivie des complications neurologiques liées aux naissances prématurées et de l’épilepsie. Chez les adultes âgés de 20 à 59 ans, la migraine est la troisième cause de suivi en neurologie après les AVC et la neuropathie diabétique.
Bien que le mécanisme d’action des migraines ne soit pas encore complètement clair, il existe certains facteurs alimentaires et d’autres déterminants environnementaux qui semblent contribuer à la genèse de la migraine, notamment une carence en magnésium.
Qu’est-ce que le magnésium ?
Le magnésium est un minéral qui joue un rôle essentiel dans de nombreuses fonctions cellulaires, notamment dans plus de 600 réactions enzymatiques, mais également au niveau de la production d’énergie, la phosphorylation oxydative, la synthèse des protéines, la synthèse et la stabilité des acides nucléiques et le métabolisme des glucides. Maintenir un niveau de magnésium adéquat est essentiel au bon fonctionnement des organes et du système nerveux. La carence en magnésium est fréquente chez les personnes âgées et a été associée à plusieurs maladies chroniques liées à l’âge et à d’autres pathologies, telles que la migraine.
Les données suggèrent qu’environ 50% de la population américaine a un apport alimentaire insuffisant en magnésium. Il a été démontré que les personnes souffrant de migraines ont tendance à avoir une alimentation de moindre qualité nutritionnelle que celles qui n’en souffrent pas. De plus, les femmes souffrant de migraines chroniques ont une alimentation de moindre qualité nutritionnelle que celles souffrant de migraines épisodiques, ce qui pourrait entraîner une diminution de l’apport global en magnésium.
Des recherches ont montré que le régime méditerranéen, qui privilégie les légumineuses, le poisson, les céréales complètes, l’huile d’olive, les légumes, les fruits et les noix (riche en vitamines B et en magnésium) est associé à une réduction significative de la fréquence, de la durée et de la gravité des migraines.
Comment savoir si j’ai une carence en magnésium ?
La problématique avec le magnésium, c’est que le dosage sanguin ne représente que seulement 1 à 2% de notre niveau total de magnésium. Une prise de sang n’est donc pas suffisante pour déterminer si notre niveau de magnésium est suffisant, puisqu’il se retrouve majoritairement au niveau intracellulaire (à l’intérieur de nos cellules).
De plus, une diminution des taux intracellulaires de magnésium a été observée chez les personnes âgées, même lorsque le taux sanguin total de magnésium est normal. Ce phénomène a également été observé chez les jeunes adultes.
Les déficits légers en magnésium sont souvent inaperçus et asymptomatiques. Les symptômes, lorsqu’ils sont présents, sont généralement non spécifiques et peuvent être confondus avec des signes courants du vieillissement ou attribués à d’autres troubles. Par conséquent, ils sont faciles à manquer. Plusieurs types d’arythmies cardiaques peuvent refléter un état d’hypomagnésémie (carence en magnésium), ainsi que l’hypokaliémie (carence en potassium) et l’hypocalcémie (carence en calcium). Les symptômes neuromusculaires et du système nerveux central, notamment les crampes musculaires, la faiblesse, les fasciculations, les tremblements, la léthargie, la tétanie, les vertiges et le nystagmus y sont également associés.
Les niveaux de magnésium chez les migraineux
Des concentrations plus faibles de magnésium ont été observées chez les patients migraineux dans le sang, la salive, au niveau intracellulaire, ainsi que dans les régions cérébrales lors des évaluations par résonance magnétique. Une étude utilisant un test de charge en magnésium a révélé une rétention accrue de magnésium chez les personnes souffrant de migraines par rapport aux personnes saines, suggérant une carence systémique en magnésium liée à la migraine.
Une étude a également révélé que, chez les patients migraineux présentant de faibles concentrations intracellulaires de magnésium, les taux sériques étaient normaux. Ce qui démontre que les taux de magnésium intracellulaire ne sont pas nécessairement corrélés aux taux sanguins globaux de magnésium.
Biodisponibilité des différents sels de magnésium
Les études sur les sels de magnésium montrent que les sels organiques de magnésium, comme le citrate de magnésium, présentent une meilleure solubilité et sont absorbés plus efficacement que les sels inorganiques, comme l’oxyde de magnésium. Les sels inorganiques comprennent l’oxyde, le carbonate et le chlorure de magnésium, tandis que les sels organiques comprennent le citrate, le lactate, l’aspartate et le glycinate de magnésium.
Le magnésium est principalement absorbé dans l’intestin grêle, en particulier dans le jéjunum distal et l’iléon, mais minimalement dans le côlon. L’absorption commence environ 1 heure après l’ingestion et atteint 80 % après 6 heures. Le magnésium chélaté avec des acides aminés, comme le glycinate de magnésium, semble représenter une forme hautement disponible, car il est absorbé par la voie d’un transporteur dipeptide. L’absorption du magnésium est également influencée par des facteurs tels que le taux de magnésium, l’âge, la dose, l’alimentation, le type de complexe de magnésium et la formulation. Des doses plus élevées et un estomac vide augmentent l’absorption.
Mécanismes expliquant l’effet du magnésium sur la migraine
Le magnésium peut agir comme un inhibiteur calcique dans les neurones, dont le rôle est important dans la transmission de la douleur. De plus, il a été démontré qu’il réduit l’inflammation en inhibant la signalisation intracellulaire pro-inflammatoire, notamment la voie du facteur nucléaire kappa B.
Des perturbations des niveaux cérébraux de magnésium ont notamment été observées dans plusieurs troubles neurologiques. Le magnésium est également un facteur essentiel du fonctionnement mitochondrial. Le magnésium contribue à maintenir l’équilibre calcique en interagissant avec les récepteurs NMDA du glutamate, régule la libération de substance P et contrôle la production d’oxyde nitrique. Le magnésium ionisé a également un impact sur le tonus vasculaire.
De plus, le magnésium peut favoriser directement la vasodilatation en bloquant les canaux potassiques sensibles au calcium sur les cellules musculaires lisses. La sérotonine, un puissant vasoconstricteur cérébral libéré par les plaquettes lors d’une crise migraineuse, pourrait également jouer un rôle important dans la pathogenèse de la migraine, tandis que le magnésium est un modulateur clé du système sérotoninergique.
En conclusion
Le magnésium est considéré depuis plus de trente ans dans le traitement de la migraine. Cet ion exerce de multiples effets sur le système nerveux, notamment ceux découlant de son interaction avec les récepteurs NMDA, l’inhibition des canaux calciques et la réduction du stress oxydatif, de l’inflammation et de la libération de substance P. Le magnésium est également un complément alimentaire avec très peu d’effets secondaires.
Pour le traitement de la migraine aiguë et chronique, comme le suggèrent les études incluses dans cette revue, la supplémentation en magnésium pourrait être envisagée comme option thérapeutique.
Ainsi, les compléments oraux de magnésium constituent une option rentable et bien tolérée pour le traitement des patients migraineux, seuls ou en association avec d’autres composés, ce qui pourrait effectivement contribuer à réduire la fréquence des crises, à diminuer les coûts de traitement et à minimiser le risque d’effets secondaires graves.
En espérant avoir piqué votre curiosité sur ce sujet.
Dominguez LJ, Veronese N, Sabico S, Al-Daghri NM, Barbagallo M. Magnesium and Migraine. Nutrients. 2025 Feb 18;17(4):725. doi: 10.3390/nu17040725. PMID: 40005053; PMCID: PMC11858643.